Camille-Zoé Valcourt-Synnott à l'atelier de typographie de l'Atelier Circulaire, février 2026
Pays : Canada
Date de résidence : 30 janvier – 28 février 2026
Présentation publique : date à venir, space 517
Projet de résidence : Camille-Zoé va développer et imprimer une nouvelle série d'œuvres textuelles qui explore les conditions de travail des artistes au Canada, en utilisant des techniques de typographie et de risographie. Comme elle utilise souvent le langage et l’imprimé dans sa pratique, elle a commencé à y intégrer la typographie l’année passée lors d’une résidence sur mesure à L’imprimerie, centre d’artistes. Elle va poursuivre son utilisation des caractères typographiques pour ce projet afin de créer des impressions d’un format propice à l'affichage (11” x 17”). La risographie est également une technique qu'elle souhaite approfondir grâce à une formation dans le cadre de sa résidence à l'Atelier Circulaire pour s’outiller dans la production d’une série d’affiches. Le texte utilisé sera un mélange d’expressions liées au travail et de réflexions face à son expérience dans le milieu culturel au cours des dernières années.
Ce projet propose une suite à son projet d’affiches sur les “10 Signs of Burnout” qu'elle a développé lors d’une résidence d’artiste à l’Atelier d’estampe Imago à Moncton (NB) en février 2023. Elle a alors imprimé en sérigraphie une série de 10 affiches avec du texte listant les 10 signes du burnout, selon un article générique trouvé en ligne (voir documentation). Au terme de la résidence, j’ai installé les affiches dans les rues autour du centre, afin de partager cette série dans un contexte hors de l’espace de galerie. Ce type de présentation m’intéresse pour son aspect plus accessible que la galerie et permet de rejoindre un public plus vaste tout en s’insérant dans des lieux de tous les jours. Lors de la résidence, Camille-Zoé a également recueilli des expressions en lien avec le travail en français et en anglais en demandant au public qui passait dans le studio de contribuer à la boîte à suggestions. Son objectif était de recueillir des expressions locales en lien avec ce sujet spécifiquement. Elle va maintenant utiliser ces expressions populaires qui lui serviront de matériel pour créer de nouvelles œuvres textuelles qui jouent avec ce langage.
Bien qu’il y ait définitivement un élément ironique et humoristique dans le texte trouvé des affiches réalisées à Moncton (“You hate your job even if you loved it”, “You feel irritable all the time”, “You can’t get the creative juices flowing”), il y a également un lien avec le contexte post-capitaliste actuel au delà du milieu artistique. Cette série lui a permis de créer un contexte pour discuter de ces enjeux qui affectent une grande partie des artistes et travailleur.euse.s culturel.le.s. La réception positive qu'elle a eue à Moncton, lorsque plusieurs personnes ont partagé leurs propres expériences personnelles en lien avec ces problématiques, l’a convaincue de continuer à aborder ces thèmes dans sa pratique artistique.
Son intérêt pour les conditions de travail des artistes s’est développé à travers sa propre expérience personnelle comme artiste émergente cherchant du travail dans son domaine. Elle voit beaucoup de contradictions dans le secteur qui promouvoit des bonnes pratiques, à travers les barèmes de CARFAC par exemple, malgré le fait que les travailleur.euse.s culturel.le.s (qui sont souvent aussi artistes) ne sont pas assez compensé.e.s lorsqu’on tient compte de leur niveau d’éducation et de leur expérience. Toutes ces idées sont nourries par les conversations qu'elle a fréquemment avec des collègues du milieu et contribuent à son désir d’aborder ces enjeux à travers sa propre pratique.
Biographie : Camille-Zoé Valcourt-Synnott (elle) est une artiste multidisciplinaire originaire de Québec (QC), maintenant basée à Saint-Jean-Baptiste (QC), un petit village sur le territoire traditionnel de la Nation Waban-Aki. Bachelière en beaux-arts (Print Media) de l'Université Concordia en 2018, elle détient une Maîtrise en arts visuels et médiatiques de l'Université NSCAD en 2020. Elle a présenté son travail dans des centres d'artistes autogérés et des galeries à travers le Canada, notamment à La Maison des artistes visuels francophones (Winnipeg, MB), à Latitude 53 (Edmonton, AB) et plus récemment à Xpace Cultural Center (Toronto, ON). Elle a également participé à des résidences de recherche et création à l’Atelier d’estampe Imago (Moncton, NB), chez Céline Bureau et à L’imprimerie, centre d’artistes (Montréal, QC). Elle travaille aussi de manière collaborative sur des projets de performance participatifs. Le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts et des lettres du Québec, Arts Nova Scotia, LOJIQ et Culture Montérégie ont soutenu financièrement sa pratique.
Démarche :La pratique multidisciplinaire de Camille-Zoé se décline par projet qui inclut souvent du texte, et se manifeste à travers l’impression, le dessin grand format, la vidéo, l’installation et la performance. Son travail utilise une esthétique similaire à celle de la critique institutionnelle mais se plie à sa propre expérience et à son désillusionnement face au monde de l’art. L'artiste s'intéresse au travail sans valeur qui existe en périphérie de toute pratique artistique et elle aborde ces tâches bureaucratiques comme du travail, comme façon de légitimer l’art. L’administration d’une pratique devient l'œuvre en elle-même.
Sa pratique comme artiste relie les idées du processus en art conceptuel à celle du travail invisible des artistes. Ce travail invisible met en lumière les dynamiques de classe et de genre présentes dans le monde de l’art et sont mises de l’avant à travers une approche féministe et intersectionnelle.
Camille-Zoé vous amène “backstage” dans la vie d’une artiste émergente: faire des to-do lists, envoyer des courriels, écrire des demandes de subventions, répondre à des appels de dossiers et écrire des lettres de présentation pour des contrats de courte durée dans des galeries ou des centres d’artistes. Les œuvres demeurent sincères dans le sens où les matériaux et résultats présentés sont réels, sans enlever les moments d’échec, de critique et de doute. Cette honnêteté et vulnérabilité mélangée à l’humour donne plus de facilité au public à se reconnaître dans ce qui est présenté.
Elle aborde des enjeux auxquels les artistes font face dans un monde de l’art capitaliste dominé par la pression de la productivité et qui mène souvent au burnout. Dans son travail, Synnott-Valcourt expose ces réalités et l’impact d’une vision romantique et idéalisée de la créativité lorsqu’on s'éloigne trop du fait que c’est en fait du travail; on se retrouve dans une pente glissante lorsque l'art est vu simplement comme quelque chose qu’on fait par amour.
10 signs of burnout


