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Exposition à la Galerie (espace 105)
5 novembre — 12 décembre 2026
Vernissage
5 novembre, de 17h à 20h00
Activité participative avec le public (espace 105)
à venir en décembre. Informations à venir
Certaines images nous précèdent longtemps. À force de les croiser, elles finissent par esquiver notre attention. Omniprésentes, elles sont comme des réminiscences visuelles reléguées aux marges de notre regard. Elles restent en suspens jusqu’à ce qu’un détail, une ligne ou une forme les ravive. Durant son enfance à Saint-Pétersbourg, en Russie, l’artiste montréalais Alexey Lazarev croise régulièrement l’une de ces présences rémanentes : Harvest (1931), une peinture laquée du maître miniaturiste russe Ivan Markitchev. Reproduite à échelle encore plus réduite, notamment sur une boîte de chocolats, cette œuvre appartient certes à l’histoire de l’art, mais surtout au quotidien de Lazarev.
Avec l’exposition reCode, présentée à l’Atelier Circulaire, Lazarev réactive ce souvenir longtemps resté en périphérie de son regard. Il ne cherche toutefois ni à reconstituer l’œuvre ni à en restituer la facture. Il la décompose, la recompose et la transpose pour éprouver ce qui résiste à ses changements de contexte, de fonction, d’échelle et de matière.
Cette recherche conceptuelle, formelle et matérielle prend appui sur l’histoire de Palekh, village russe où une tradition de peinture d’icônes orthodoxes est réorientée, après la révolution d’Octobre, vers la miniature laquée profane. Lazarev s’intéresse de près à ce passage d’un régime d’images à un autre. Il l’aborde à travers le prisme de l’adaptation comme mode de survie culturelle. Si les sujets et les contextes changent, certaines manières de représenter les corps et de les mettre en mouvement semblent subsister.
Cette continuité se manifeste dans les gestes et les rapports entre les figures que Lazarev extrait des images historiques pour les schématiser. Dans Harvest, il dissocie et isole ainsi les lignes de force et les directions qui structurent la composition. Flèches, tracés et balises recodent l’œuvre en un vocabulaire graphique à mi-chemin entre le diagramme et le design. Le regard ne saisit plus immédiatement la scène : il circule, suit un parcours, rencontre un point, et bifurque. Dans le sillage des recherches du peintre Kasimir Malevitch, cette réduction de la figuration permet de révéler l’architecture sous-jacente à une œuvre picturale.
Or, ce processus ne s’arrête pas au dessin. Le tracé passe du papier au métal découpé au plasma. Les plaques métalliques servent en ce sens de matrices. Taillées suivant les lignes du dessin, puis soumises à une oxydation contrôlée, elles se couvrent progressivement de rouille. L’oxydation est ensuite transférée sur la fibre, la rouille agissant comme pigment et comme procédé d’impression.
Une vaste installation composée de neuf panneaux de papier japonais Kitakata — matériau d’une imposante fragilité — reçoit ainsi l’empreinte des matrices. Assemblés les uns aux autres à l’aide de boulons, les panneaux sont maintenus légèrement à distance du mur par des bandes de métal fléchies. La composition semble tenir dans un équilibre précaire, comme s’il résistait tout juste à la gravité.
Le métal connaît encore une autre transformation : le pli. À même l’Atelier Circulaire, certaines plaques se replient à la manière d’origamis. Un imposant relief se déploie au sol, tandis qu’un panneau prend appui sur une colonne ; ailleurs, des formes apparentées ponctuent les murs. Entre horizontalité et verticalité, surface et volume, ces déplacements prolongent dans l’espace le principe de traduction qui traverse l’ensemble de l’exposition.
reCode ne converge pas vers une œuvre centrale. Dessins analytiques, papiers frêles tavelés de lignes, plaques évidées de traits fins, touches de fluorescence (l’une des signatures de l’artiste) et empreintes érosives constituent un champ d’investigations interdépendantes. Le parcours établit des correspondances entre ces états successifs. Recoder, pour Alexey Lazarev, ne signifie pas de remplacer un langage par un autre, mais d’observer ce qu’une image conserve, délaisse et (ré)invente chaque fois qu’elle doit, à nouveau, se transformer. Ce qui persistait en périphérie du regard trouve, des années plus tard et à des milliers de kilomètres de Saint-Pétersbourg, de nouvelles manières d’apparaître.
— Jean-Michel Quirion
Alexey Lazarev est un artiste multidisciplinaire basé à Tiohtià/Mooniyang/Montréal. Sa pratique explore la manière dont les images, les matériaux et les formes familières changent de sens lorsqu’ils circulent entre différents contextes, générations et façons de voir. Travaillant à la croisée de l’estampe, du dessin et de la sculpture, il expérimente des procédés comme l’oxydation, la découpe et la répétition pour transformer des références visuelles en de nouvelles formes. Partant souvent d’une image dont il se souvient ou d’un objet trouvé, il se laisse guider par les directions inattendues que prend le processus de création, en laissant une place aux imperfections des matériaux, au hasard et à l’intuition.
Né à Saint-Pétersbourg, en Russie, et installé à Montréal depuis 2012, Alexey s’intéresse à la manière dont nous héritons des choses qui façonnent notre vision du monde, puis les adaptons et les réinterprétons. Parallèlement à sa pratique artistique, il aime partager ses processus de création, échanger des idées et créer des espaces où les gens peuvent explorer les matériaux et apprendre les uns des autres.
Site internet : https://alexey-lazarev.com/
Instagram : https://www.instagram.com/blackmelt/

