Pays : Canada

Date de résidence : 4 septembre – 4 octobre 2026

Présentation publique : le 30 octobre 13h00 à l'espace 517

Projet de résidence :

Dans le cadre de cette résidence à l’Atelier Circulaire, Michaëlle souhaite poursuivre une recherche sur les relations entre tissage fait main et sérigraphie textile, à partir d’images d’archives photographiques et textuelles. Son travail explore la transformation de ces images lorsqu’elles sont imprimées sur des surfaces textiles irrégulières, dont la structure, la densité et la matérialité influencent directement leur apparition.

En 2025, elle a travaillé avec Dominique Desbiens à l’Atelier Circulaire afin de développer la sérigraphie sur des tissus qu’elle avait elle-même tissés. Cette expérience lui a permis d’approfondir ses recherches sur les encres et les interactions entre image et fibre. La résidence lui permettra de poursuivre ces expérimentations à travers la production de 8 à 12 œuvres utilisant différentes fibres, textures et techniques d’impression, notamment des encres végétales et pigmentaires.

Les fragments produits nourriront également sa recherche en design textile et pourront être transformés en pièces portées, envisageant le vêtement comme un prolongement de l’espace d’exposition.

Biographie et démarche artistique

Michaëlle Sergile (née à Chicago ; vit au Canada) est une artiste et commissaire indépendante. Elle passe sa petite enfance à Port-au-Prince, en Haïti, avant de s'installer au Canada. Son travail s'appuie sur des archives, notamment des textes et des documents visuels, datant de la période postcoloniale, de 1950 à nos jours. Sa pratique artistique vise à comprendre et à réécrire l’histoire des communautés noires, plus spécifiquement celle des femmes ou de communautés vivant à diverses intersections, à travers le médium du tissage.

Souvent perçu comme un savoir-faire artisanal et associé à une pratique féminine, le tissage devient, sous sa main, un langage pour interroger les rapports de genre et d’ethnie.

Sergile a récemment exposé au Musée national des beaux-arts du Québec, au Musée d’art de Joliette et à la Biennale Off de Dakar. Elle a figuré sur la longue liste du prestigieux Prix Sobey pour les arts en 2022 et a été nommée Artiste en arts visuels de l’année au Gala Dynastie en 2023. Cette même année, elle entame une résidence à la Fonderie Darling. En 2024, elle présente une exposition solo au Musée McCord Stewart, et en 2025, elle expose au Centre culturel de Paris et poursuit des résidences textiles à Lottozero (Italie) et au Icelandic Textile Centre (Islande).

Son travail explore l’histoire des communautés noires à travers les archives, en mettant l’accent sur les expériences vécues par les femmes afro-descendantes dans différentes régions géographiques. À travers le tissage, un médium historiquement associé aux femmes, elle examine les structures de pouvoir façonnées par l’ethnie, le genre et le déplacement. Elle s’intéresse particulièrement à ce que Saidiya Hartman décrit comme la « violence archivistique », c’est-à-dire les omissions, les effacements et les silences qui structurent les archives historiques. Sa pratique aborde ces lacunes non pas pour les combler, mais pour imaginer d’autres formes de transmission à travers l’installation, le textile et l’image en mouvement.

Ses recherches s’inscrivent dans une perspective diasporique plutôt que territoriale. Elle retrace les mouvements des femmes noires à travers différentes géographies, façonnés par l’histoire, les déplacements et les bouleversements politiques. À travers cette approche, elle explore la manière dont la mémoire, la langue et l’identité voyagent, se fragmentent et se recomposent à travers les frontières et les générations. Le textile reste au cœur de son travail, tandis que la vidéo et l’installation permettent aux matériaux et à l’espace d’agir comme des agents actifs dans la réflexion sur l’histoire.

L’espace domestique et l’architecture sont des motifs récurrents dans ses projets récents. En faisant référence aux structures vernaculaires façonnées par les conditions coloniales et postcoloniales, elle réfléchit à la manière dont les environnements bâtis conservent la mémoire et codifient les histoires de migration. En réponse à la perte continue de monuments et d’archives en Haïti, son pays d’enfance, son travail adopte le réarchivage comme un geste critique. À travers le tissage et l’installation spatiale, elle cherche à créer des sites de mémoire alternatifs, où la matière, l’image et la structure résistent à l’effacement et affirment la présence diasporique.

https://www.michaellesergile.com/