L'Abri

GUILLAUME BRISSON-DARVEAU

Du 28 février au 30 mars 2019

Humain ou bête, semblable ou autre, la figure du singe nous amène à réfléchir à notre propre humanité. Entre animal et automate, elle incarne à la fois l’instinctif et le mécanique, le passé et l’avenir, la naissance et la mort, le sexe et la raison. Dans ce tableau sorti tout droit d’un film de science-fiction, les singes s’affairent, absorbés dans la construction d’une mystérieuse structure faite de piliers émanant de leur ventre : l’esprit de leurs entrailles. Mélange de quête mystique et de marché boursier urbain ou post-apocalyptique, leur projet architectural étrange, voire futile, nous renvoie une image teintée d’humour noir de nos réalités contemporaines.

Les formes architectoniques du monde science-fictionnel dans lequel évoluent les humains créent un pont, une structure reliant des subjectivités contradictoires, des univers opposés. Comme l’écrivait Hito Steyerl : « […] la perte de repères découle en partie de la perte d’un horizon stable ; c’est cette absence d’horizon qui à son tour rend impossible la formulation d’un paradigme durable de l’orientation, sur lequel se base depuis toujours la pensée moderniste pour situer des concepts tels que le sujet et l’objet, le temps et l’espace. Or, dans la chute libre, les lignes d’horizon se brisent, tournoient, se superposent ». Ainsi, dans une réalité marquée par la précarité des rapports cartonnés, les singes s’échangent des horizons brisés, pariant sur diverses structures, leurs corps -- vulgaires emballages de chair façonnés par des outils numériques -- se dématérialisent graduellement sous nos yeux.

Le texte original anglais est issu d’une collaboration entre David Jhave Johnston et Guillaume Brisson-Darveau, et traduit en français par Alexandre Payer.